Il entra au café qu’ils fréquentaient ensemble. -
Son ami lui avait dit, il y a trois mois déjà
“Nous n’avons plus un sou, pauvres hères que nous sommes
voués au quotidien des plus tristes tripots.
Voilà, c’est sans détours, je ne peux continuer
à vivre avec toi, un autre, sache le, me veut”.
L’autre l’avait appâté avec deux complets neufs
et quelques écharpes de soie.- Afin de le reprendre
il remua ciel et terre pour emprunter vingt livres.
Et il revint à lui pour les vingt livres bien sûr;
mais aussi il revint pour leur vieille amitié
pour leur amour à eux, leur profond sentiment.-
L’ “autre”, n’était qu’un menteur une espèce de filou;
ce n’est qu’un seul complet qu’il put lui arracher
en insistant beaucoup, à force de quémander.
Mais à présent il n’a que faire de complets neufs,
il n’a que faire d’écharpes, aussi fines soient-elles,
ni de vingt livres non plus ni même de vingt shillings.
Dimanche on l’enterra à dix heures du matin.
On l’enterra Dimanche il y a presqu’une semaine.
Sur son cercueil de pauvre il posa quelques fleurs,
fleurs belles et blanches, la fraîcheur qui seyait
à sa belle jeunesse, ses vingt et deux années.
Lorsqu’il entra le soir -il fallait bien s’ y rendre,
pour quelque affaire de sous- dans ce même café
qu’ils fréquentaient ensemble: cet endroit fatidique
telle une lame glacée lui pénétra le coeur.
1929 - 147
Traduction : François Sommaripas